Revue de presse Afrique – A la Une : la chute d’Omar el-Béchir au Soudan

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

Il s’appelle Ahmed Awad Ibn Ouf, il est ministre de la Défense et premier vice-président au Soudan, il a grade de lieutenant-général, et c’est en treillis militaire, épaulettes étoilées et béret à écusson qu’il apparaît en Une du journal Sudan Tribune. Le nouvel homme fort de Khartoum vient de « renverser al-Bashir », pointe la version en ligne de ce journal soudanais. « Moi, ministre de la Défense (…) annonce le déracinement du régime et l’arrestation de sa tête », a dit ce militaire engalonné, rapporte Sudan Tribune.

Déjà beaucoup de commentaires en Afrique ou en France. « Béchir comme Bouteflika », lance ainsi Wakat Sera. Pour ce confrère burkinabè, il est désormais « certain » qu’un un air de « printemps arabe » a recommencé à souffler sur l’Afrique. Et il est, selon lui, tout aussi certain que cet air printanier doit bien « faire trembler certains dirigeants ». Certes, admet-il, « des mains invisibles se cachent souvent derrière ces soulèvements populaires ». Toutefois, complète Wakat Sera, il est « clair que les peuples africains ne veulent plus se laisser mener comme des moutons par des hommes forts qui ne visent que l’éternité au pouvoir ».

En France, le journal Libération n’écrit pas autre chose. Ce qui vient de se jouer au Soudan – en plus de l’Algérie – est un « printemps arabe, saison 2 », formule ce journal en Une. Et Libé d’agiter le « spectre » qui hante le monde musulman, « le spectre de la liberté », tout en soulignant que « le vent levé par les « printemps arabes » de 2011 n’est pas retombé. On pouvait penser, avec une sorte de résignation, que le monde musulman était condamné, comme en Syrie ou en Egypte, à louvoyer entre Charybde et Scylla, entre les islamistes d’un côté et les régimes militaires de l’autre (avec une variante, comme au Soudan, où régnait un régime à la fois militaire et islamiste). Les événements récents montrent qu’un troisième acteur tient toujours son rôle : le peuple », se réjouit Libération.

Escape game au Mali

Il s’appelle Aliou Mahamane Touré. Cet ancien commerçant était le « commissaire de la police islamique » de Gao lors de l’occupation de cette ville par le Mujao. Il avait fait amputer des voleurs et fait fouetter en public des femmes qui ne portaient pas le voile. En août 2017, il avait été condamné à dix ans de prison par la cour d’assises de Bamako pour atteinte à la sûreté de l’État, détention illégale d’armes, association de malfaiteurs et coups et blessures aggravées.

Selon Mediapart,  Aliou Mahamane Touré « a été discrètement libéré le 17 février dernier. Incarcéré depuis son jugement à la maison centrale d’arrêt de Bamako, il en a été extrait par des agents de la Sécurité d’État, avec un autre homme, Mamadou Sangaré, dit « Tchambel », qui venait tout juste d’arriver dans la prison en provenance des geôles de la Sécurité d’État et dont le parcours est pour l’heure peu connu. Depuis, les deux hommes ont disparu », révèle Mediapart, qui évoque un « probable échange de prisonniers entre le gouvernement et les groupes djihadistes ».

Au-delà, « l’écrasante majorité des djihadistes, pourtant accusés de nombreux crimes, n’a été ni jugée ni condamnée », souligne ce journal en ligne. Depuis février dernier, « quinze autres détenus, dont certains étaient liés à des groupes djihadistes, ont eux aussi été extraits de la maison d’arrêt et ont disparu des radars de l’administration pénitentiaire », énonce Mediapart.

Gbagbo et les autres, huit ans après

En Côte d’Ivoire, c’était hier le huitième anniversaire du 11 avril 2011, jour où Laurent Gbagbo fut arrêté par les troupes d’Alassane Ouattara avec l’aide de l’armée française. Et pour l’ex-président de la République de Côte d’Ivoire, c’était le premier de ces huit anniversaires passé parmi les siens à Bruxelles, hors les murs de la prison de la CPI, qui l’a acquitté le 15 janvier dernier à l’issue de son procès en première instance.

En Côte d’Ivoire-même, « chaque 11 avril voit  chaque année chacun interpréter l’histoire à sa façon dans le but de servir son propre story-telling », remarque l’hebdomadaire ivoirien en ligne Aujourd’hui. Lequel y voit la « preuve que huit ans après ces terribles événements, ses principaux acteurs ne sont toujours pas réconciliés ».

Revue de presse Afrique – A la Une : la réplique du peuple algérien

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

Après la nomination contestée d’Abdelkader Bensalah comme président par intérim et malgré l’annonce par celui-ci hier de la tenue d’une présidentielle le 4 juillet, les algériens ne décolèrent pas.

Ainsi, constate Le Monde Afrique, « des milliers de manifestants, enseignants, étudiants, médecins, gardés par un important dispositif policier, se sont à nouveau rassemblés hier à la mi-journée, près de la Grande Poste à Alger, cœur de la contestation qui ébranle le pays depuis sept semaines. Un appel à la grève nationale a ainsi été lancé. Tous rejettent Abdelkader Bensalah, qui a été un partisan d’un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika et qui est pour les manifestants une incarnation du régime en place. »

« Apprenez à dire non ! »

Le site d’information algérien TSA était sur place : « ‘Bensalah dégage !’ est le slogan le plus partagé à la place de la Grande Poste par les manifestants, rapporte TSA. Certains dénoncent le recours de la police à la manière forte contre les étudiants et contre les syndicalistes. ‘Comment, hier, vous étiez avec nous et aujourd’hui vous nous frappez ?’, s’interroge, en colère, un enseignant en s’adressant à des policiers empêchant le passage des manifestants vers le lieu de rassemblement. ‘Mais, apprenez à dire Non, prenez position, vous êtes avec nous !’, insiste-t-il. Les policiers restent imperturbables. (…) Une universitaire d’Alger intervient alors, relate encore TSA, pour dire que les algériens ne craignent pas la répression. ‘Cela fait vingt ans qu’ils répriment, à quoi cela a-t-il servi ? Sommes-nous revenus en arrière ? Non. Ils se trompent lourdement. Désormais, nous ne reconnaissons ni Bensalah, ni le gouvernement Bedoui, ni les deux chambres du Parlement ni le Conseil constitutionnel. Qu’ils partent tous’. »

Le dispositif policier déployé à Alger hier était impressionnant, rapporte Liberté . « Des groupes de manifestants en provenance de la Place du 1er Mai ont été empêchés de rejoindre la foule cantonnée à la Grande Poste. Les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogène et des canons à eau pour disperser la foule, ont fini par laisser faire, pointe Liberté, notamment à hauteur de la Place Audin, où le cordon sécuritaire a été levé à partir de midi. La détermination des manifestants a eu visiblement raison de la répression policière. »

L’armée à la manœuvre…

Pour sa part, pointe El Watan, « le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, a réitéré, hier à Oran, l’attachement de l’ANP à l’application des dispositions prévues dans la Constitution dans la gestion de la période de transition. Le vice-ministre de la Défense a réaffirmé son ‘engagement personnel’ à soutenir le peuple et a accusé des parties étrangères de comploter contre l’Algérie. »

Le Matin d’Algérie s’insurge contre ces déclarations : « donc cette période de transition se fera selon les plans de l’armée avec ce gouvernement et ce président par intérim, dénoncés par des millions d’Algériens. Exit donc les revendications populaires et celles de la société civile. » Et puis « qui sont ces ‘parties étrangères’ ? Ou ces ‘personnes’ qui voudraient du mal au pays ? Ce sont ces millions d’Algériens qui recouvrent leur droit à la souveraineté ? Mystère ! »

La bourrasque va-t-elle souffler à nouveau ?

En effet, renchérit Aujourd’hui  à Ouagadougou, « qui le général Gaïd Salah accuse-t-il ? Quel pays qui a ‘un passif avec l’Algérie’ veut semer la zizanie ? La France ? Gaïd ne le dit pas, estimant que les intéressés se reconnaîtront. Avec cette sortie tonitruante, le général tombe bas les masques : il n’a pas fait de pronunciamiento ni de coup d’Etat, mais le voilà maître de l’Algérie. Il prouve si besoin était que le système Boutef repose sur le FLN, mais surtout sur les militaires. »

En fait, complète Le Pays, toujours au Burkina, « l’armée a récupéré la révolution populaire pour toujours garder la haute main sur le pouvoir. Mais il est difficile de croire que la rue algérienne se contentera du simple rôle d’accompagnant du plan ourdi par l’armée, estime Le Pays. Les manifestations risquent de gagner sans nul doute en ampleur. L’armée et son faire-valoir tiendront-ils face à la bourrasque qui a emporté Abdelaziz Bouteflika ? »

Revue de presse Afrique – A la Une : le pouvoir du peuple confisqué en Algérie

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

« Quelles conclusions faut-il tirer des événements de cette journée d’hier mardi ?, s’interroge TSA. Au moment même où Abdelkader Bensalah héritait de la présidence par intérim au Palais de la nation, les étudiants se faisaient matraquer au centre d’Alger par la police. »

Pour TSA, c’est clair : « une semaine après l’annonce officielle de la démission de Bouteflika, ceux qui ont tenté de faire dire à l’article 102 autre chose que ce qui est stipulé dans sa lettre ont dû déchanter. Abdelkader Bensalah est le nouveau chef de l’État pour les trois prochains mois, Noureddine Bedoui, le fidèle ministre de l’Intérieur de Bouteflika, dirigera le gouvernement pendant la même période et Tayeb Belaïz est celui qui aura le dernier mot dans toutes les étapes du processus électoral à venir. Il va sans dire que ce fait accompli n’aurait pas pu se produire sans l’aval du commandement de l’ANP. »

Résultat, soupire TSA, « l’idée d’une présidence collégiale est comme définitivement enterrée et il est à craindre maintenant que l’armée soit tentée par la manière forte pour imposer aux Algériens une option qu’ils ont rejetée unanimement et sans équivoque. »

Et TSA de s’interroger : « qu’en sera-t-il ce vendredi et ceux qui suivront lorsque les Algériens sortiront encore par millions exiger une vraie transition ? Le chef de l’armée peut toujours évacuer la suspicion et les appréhensions avec un discours franc et surtout des garanties solides. S’il ne le fait pas, il est à craindre que la crise, la vraie, ne fait que commencer… »

Vers une « conférence-souk » ?

Le Matin d’Algérie est tout aussi désabusé : « quand bien même on aurait fait démissionner Abdelkader Bensalah, son remplaçant aurait mis en œuvre la feuille de route du système tracée par Abdelaziz Bouteflika dès sa première lettre adressée à la nation. C’est-à-dire une ‘conférence souk’ et un léger lifting de la constitution qu’on va vite oublier après être dispersé. C’est la confiscation d’un effort révolutionnaire et fortement populaire qui partira en fumée pour la deuxième fois consécutive. Pourquoi ? Pour une question de pouvoir. On se donnera rendez-vous donc dans un demi-siècle. »

Continuer la lutte pacifique…

Pour sa part, El Watan veut encore croire à l’élan populaire : « en mettant en œuvre l’article 102 de sa Constitution caduque, le régime emprunte une voie dangereuse. Il vient tout simplement défier des millions de manifestants pacifiques qui pourraient désormais prêter l’oreille aux voix qui appelaient à des actions de contestation plus ou moins radicales, à l’exemple de la grève générale et la désobéissance civile. Des options jusqu’ici écartées par la plus grande partie des Algériens qui espèrent avec détermination, parvenir à un changement politique dans le calme et la sérénité. Face à la décision (provocation) du pouvoir, poursuit El Watan, les Algériens n’ont pas d’autre choix que de continuer la lutte pacifique pour imposer leur volonté : déboulonner le système en place et instaurer la démocratie. Accepter que la période de transition soit conduite par Bensalah ou ses semblables signifie le maintien du régime qui a anéanti les rêves de liberté et de justice pendant près de six décennies. »

Et El Watan de conclure : « ce vendredi sera certainement une autre journée mémorable dans l’histoire de notre pays, qui devra marquer le long parcours du combat pacifique pour la libération définitive des Algériens. »

Jusqu’où ira le bras de fer entre l’armée et la rue ?

De son côté, la presse ouest-africaine exprime toute son inquiétude…

« Le divorce est consommé entre la rue et l’armée », constate Le Pays à Ouagadougou. En effet, précise le journal, « l’armée semble avoir caressé le peuple dans le sens du poil par ses déclarations rassurantes pour opérer, par la suite, un passage en force en récupérant la révolution. Rien d’étonnant, pointe Le Pays, quand on sait que cette armée algérienne s’est toujours imposée comme l’une des composantes essentielles du système politique algérien. Se considérant comme l’héritière de toutes les luttes du peuple algérien depuis la guerre de libération nationale, cela aurait relevé du miracle qu’elle se laissât déposséder du pouvoir d’État. La question que l’on peut se poser est la suivante : jusqu’où ira ce bras de fer entre cette armée et la rue ? »

« Désormais, conclut Aujourd’hui, toujours au Burkina, ce seront les 90 jours les plus longs de l’Algérie, car à présent, c’est la rue contre l’armée et le système Bouteflika et il faut redouter le face-à-face Armée-manifestants. Car un bras de fer entre la rue et l’armée nationale est une perspective qui risquerait d’enlever le +cachet propre+ de cette révolution. La première bribe de réponse de ce qu’il adviendra, on l’aura ce vendredi. »

Revue de presse Afrique – A la Une : assiste-t-on à un nouveau printemps arabe ?

| | Episode du | Durée : 00:04:07 | RSS | Site Web

Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

Question posée par le site d’information guinéen Ledjely au vu de la situation en Algérie, en Libye et au Soudan.

« A l’évidence, constate Ledjely, le souffle contestataire qui a emporté Bouteflika n’en avait pas qu’après l’Algérie. C’est du moins ce que nous incitent à penser les événements qui font l’actualité respectivement au Soudan et en Libye. Comme en Algérie, le Soudan est secoué par des manifestations dont les meneurs, décidés à chasser Omar el-Béchir du pouvoir, font preuve d’une audace sans précédent. Ce, parce qu’ils en ont marre des multiples restrictions de leurs libertés et surtout du marasme économique qui étrangle l’immense pays.

En Libye, poursuit Ledjely, la situation, qui n’est pas sans rappeler le rôle trouble que la communauté internationale y a joué pour se payer la tête de Kadhafi, la situation est quelque peu différente. Là, c’est Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est-libyen, avec l’incompréhensible soutien de certains grands acteurs de la communauté internationale, qui est sur le point de marcher sur Tripoli, la capitale. Avec un agenda que personne ne maîtrise. »

Libye : Haftar soutenu notamment par la France ?

En effet, croit savoir le site guinéen, la France, l’Egypte, les Emirats arabes unis ou encore la Russie soutiennent Haftar.

« Même s’ils ne le disent pas officiellement, ces pays misent davantage sur le général et sur son armée nationale libyenne que sur le Gouvernement d’union nationale de Fayez al-Sarraj que soutient pourtant l’ONU. Ainsi, la spectaculaire progression des troupes du général dissident en direction de la capitale libyenne ne serait pas étrangère à du ravitaillement en armes qu’il recevrait notamment de la France, affirme Ledjely, où il peut compter sur un inconditionnel en la personne de Jean-Yves Le Drian (le ministre des Affaires étrangères). C’est à croire que Macron ne s’est pas instruit de l’expérience de ses prédécesseurs. »

En tout cas, estime Aujourd’hui au Burkina, « la Libye post-Kadhafi frôle le chaos et si Haftar ne tend pas une oreille ouverte à l’Union européenne qui lui demande de surseoir à son équipée tripolitaine, ce sera le cas. »

Soudan : le début de la fin pour Béchir ?

L’Observateur Paalga, toujours au Burkina, s’attarde sur la situation au Soudan… « Le glas a-t-il commencé à sonner pour le président Omar El-Béchir ?, s’interroge le quotidien ouagalais. Il est peut-être encore trop tôt pour se prononcer de façon péremptoire. Mais ce qui s’est passé hier à Khartoum montre à quel point le régime vieillissant est particulièrement fragilisé. » En effet, précise L’Observateur Paalga, « il y a peu, cela eût été inimaginable : un accrochage est intervenu entre les forces de sécurité, qui voulaient disperser les manifestants qui occupent depuis plusieurs jours une place de la capitale, et l’armée. On a même assisté à des scènes de fraternisation entre la foule et les soldats qui faisaient ensemble le V de la victoire. »

Et L’Observateur de s’interroger : « à l’image de l’armée algérienne qui a fini par épouser la cause des insurgés pour pousser Abdelaziz Bouteflika à la sortie, les militaires soudanais ont-ils donc trouvé eux aussi leur Ahmed Gaïd Salah ? »

Algérie : Bensalah président par intérim ?

Ce qui nous amène à la situation en Algérie… Etape importante ce mardi : une semaine après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, le Parlement se réunit ce matin à Alger. Députés et sénateurs doivent officialiser la vacance du pouvoir et nommer un président par intérim.

Et, croit savoir Le Matin, « contrairement à toutes les supputations lues et entendues ces derniers jours, Abdelkader Bensalah sera bien l’homme qui conduira par intérim les affaires de l’Etat pendant 90 jours en vue de la préparation de la présidentielle. (…) A la tête du Conseil de la nation depuis 2002, Abdelkader Bensalah a les faveurs de l’Armée qui voit en lui l’homme de la situation. Pourtant, relève encore Le Matin, c’est un des fidèles du clan Bouteflika, aujourd’hui décrié par le mouvement populaire. A ce titre, il y a lieu de savoir quelle sera la réaction de la rue (…). »

Pour El Watan, il ne fait guère de doute que « les Algériens ne manqueront pas d’envoyer un message fort vendredi prochain quant à leur volonté de voir le départ de tous ceux qui incarnent le système et que tous les verrous doivent absolument sauter. »

Revue de presse Afrique – A la Une: le Rwanda, 25 ans après le génocide des Tutsis

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Un pays modèle : c’est ainsi que le Rwanda est considéré par une large part de l’opinion du continent. Un pays qui a su panser ses plaies, se réconcilier et se développer. Mais un pays tenu aussi d’une main de fer…

C’est ce que pointe notamment L’Observateur Paalga au Burkina : « comme si les Rwandais avaient su puiser au fond du gouffre, où ils étaient descendus, la sève nourricière de la résilience pour se relever, c’est un vrai miracle qui a été accompli en si peu de temps là où d’autres nations dites stables pataugent depuis les indépendances. Tout est donc d’abord question de volonté politique, de vision et d’intégrité des dirigeants. Mise à part la tache sombre dans le domaine de la démocratie et du respect des libertés individuelles et collectives, c’est de ce fait une belle leçon que le Rwanda administre au reste de l’Afrique. »

Ledjely en Guinée renchérit : « depuis 94, le Rwanda, grâce en particulier au président Paul Kagamé, se remet progressivement de ses blessures. Année après année, les plaies se cicatrisent. Mieux, le petit pays des Grands Lacs, 25 ans après, fait même office de puissance régionale. Et dans de nombreux pays du continent africain, le parcours du Rwanda fait rêver ou suscite une certaine envie. Cependant, tempère le site guinéen, l’embellie économique et le bonheur apparent des Rwandais, qui sont çà et là relayés pour saluer le bond spectaculaire, cachent une réalité moins réjouissante. Il s’agit du manque à gagner en matière de droits humains et du peu de progrès démocratique. »

El Watan en Algérie ne veut voir que le succès économique du Rwanda :

« Ce pays, écrit-il, connaît ces dernières années un développement économique qui force l’admiration et le respect. Pour preuve, dans le classement Doing Business de la Banque mondiale, le pays des Mille Collines est classé à la 29e place. En 10 ans, il a fait un bond prodigieux de 110 places. […] Les Rwandais ont su dépasser la tragédie du passé et repartir du bon pied en mobilisant toutes leurs ressources. Bonne gouvernance, éducation, performance ? C’est peut-être là, conclut El Watan, que réside la leçon à tirer de ce petit pays 90 fois plus petit que l’Algérie, mais qui fait 100 fois mieux. »

Même admiration pour Sénégal 7 : « Paul Kagamé est-il un président modèle ? » Oui, répond sans hésiter le site d’information sénégalais. « Le Rwanda est cité en exemple sur le continent et est même assimilé à un miracle économique. »

D’autres journaux du continent insistent sur les zones d’ombres de la tragédie rwandaise, notamment le rôle contesté de la France…

Pour Le Pays au Burkina, « la France doit avoir le courage de reconnaître qu’elle a joué un rôle trouble dans le massacre des Tutsi. C’est donc à juste titre que Paul Kagamé lui demande de s’excuser publiquement. C’est ce que la France refuse de faire depuis François Mitterrand jusqu’à Emmanuel Macron en passant par Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et François Hollande. Tant que cet acte de contrition ne sera pas posé, Paul Kagamé tiendra toujours la France par la barbichette. Et cela dure depuis 25 ans. »

En effet, complète Aujourd’hui, toujours à Ouagadougou, « Paul Kagamé n’a toujours pas totalement desserré les dents contre le pays des droits de l’homme. Certes, le président Emmanuel Macron a tenté de briser cette glace avec l’élection de Louise Mushikiwabo, ex-ministre des Affaires étrangères du Rwanda portée aux nues par la France, au poste de SG de l’Organisation internationale de la Francophonie. Mais la position du locataire d’Urugwiro reste inflexible à l’égard d’une France qui demeure également arc-boutée sur sa position : pas d’erreur commise au Rwanda, donc pas de demande de pardon. […] Les sujets qui fâchent sont toujours pendants, conclut Aujourd’hui. Et aucun des deux pays ne veut hisser le drapeau blanc, surtout pas le Rwanda qui tient à l’officialisation de la culpabilité française et à un acte de contrition. »

Revue de presse Afrique – A « la Une », Haftar marche sur Tripoli

| | Episode du | Durée : 00:04:19 | RSS | Site Web

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« Khalifa Haftar vient de déclarer la guerre à Tripoli et à toutes les forces placées sous le gouvernement du Conseil présidentiel », lance Libya Observer. Ce site d’information souligne que l’homme fort de l’est libyen a fait diffuser sur Internet un message dans lequel il ordonne aux troupes qui lui sont loyales « d’avancer » sur la capitale libyenne.

Selon The Libyan Address, le gouverneur de la banque centrale libyenne aurait « quitté Tripoli » hier soir à bord d’un avion à destination de la Tunisie et ce site d’information  signale aussi « le départ de deux membres du Conseil présidentiel », également en direction de la Tunisie.

De son côté, le site Internet de la chaîne d’information Al-Jazira estime que Khalifa Haftar « met en péril les négociations de paix à venir, organisées par les Nations Unies, dans le but de tracer une feuille de route pour de nouvelles élections ».

La main de Bédié n’a pas tremblé contre les frondeurs du PDCI

En Côte d’Ivoire, le PDCI sanctionne ses « frondeurs ». Le parti historique ivoirien, dirigé par l’ancien président Bédié, exclut plusieurs de ses caciques alliés au président Ouattara. Le vice-Président Daniel Kablan Duncan, mais aussi plusieurs ministres, dont Patrick Achi, secrétaire général de la Présidence, « écopent tous d’une exclusion temporaire pour indiscipline, insubordination et atteinte à l’unité du parti », rapporte Fraternité Matin. Le premier d’entre eux a récemment pris la tête d’un mouvement du nom de « PDCI-Renaissance », rappelle le quotidien gouvernemental ivoirien.

Le rapporteur général du Conseil de discipline du PDCI, Maître Jean-Chrysostome Blessy, souligne que cette sanction a été prise « à l’unanimité » pour faits « d’indiscipline, d’insubordination et de comportement qui porte atteinte aux intérêts du parti », pointe le site Internet Koaci.com ; le Conseil de discipline n’a pas la compétence pour infliger une « exclusion définitive » que seul le Congrès du PDCI-RDA « peut prononcer », a souligné Maître Blessy, rapporte encore Koaci.com.

Cette sanction était « très attendue » au sein du PDCI, souligne l’Infodrome, le président du Parti, Henri Konan Bédié semblant avoir « tourné la page » du dialogue d’avec son ex-allié Alassane Ouattara. « Dénonçant à chaque sortie, les pratiques « non démocratiques » du régime en place, le « Sphynx de Daoukro » estime qu’il est désormais temps que le PDCI-RDA revienne au pouvoir (…). Pour ce faire, le président Bédié dit pouvoir compter sur des soldats aguerris, et déterminés à l’accompagner dans ce combat pour les élections présidentielles », complète le site Internet des quotidiens indépendants Soir Info et L’Inter.

Les fantômes français du génocide rwandais

Au Rwanda, le 25e anniversaire du génocide doit être commémoré ce week-end. Invité aux cérémonies, Emmanuel Macron sera absent. Il sera représenté par le député Hervé Berville, lui-même rescapé du génocide. Un quart de siècle après, les Rwandais reconstruisent leur pays  avec la volonté farouche de « rester ensemble », lance « en Une » La Croix.

Et en France, ce matin, un témoin parle dans Libération. Il s’appelle Richard Mugenzi, il a aujourd’hui 58 ans. En 1990,  il a été recruté par les Forces armées rwandaises pour effectuer des écoutes. « Sa parole n’engage que lui, admet Libé. Mais ce qu’il décrit une fois de plus, sans aucune animosité, renforce les soupçons d’un aveuglement de Paris face aux forces qui vont exterminer près d’un million de Tutsis en cent jours ».

Richard Mugenzi affirme qu’à partir de 1992, les militaires français « sont eux aussi entrés en guerre. Ils partaient au front, en tenue de combat (…) ils prenaient des fusils, ils allaient se battre. Ils tenaient des positions (…). Ils participaient à des patrouilles », dit-il à ce quotidien. Ce témoin déclare aussi à Libé « qu’au mess des officiers, les Français expliquaient que derrière le FPR, il y avait les Anglo-Saxons qui voulaient dominer la région ».

Revue de presse Afrique – A la Une: le «Bouteflexit»

| | Episode du | Durée : 00:04:07 | RSS | Site Web

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C’est un dessin du caricaturiste Dilem qui court sur les réseaux sociaux et qui est à la Une notamment du site d’information TSA : on y voit notre planète avec cette exclamation : « les Algériens l’ont fait ! Le Bouteflexit ».

Dans une ultime lettre adressée hier aux Algériens, lettre publiée par le Huffpost Algérie, entre autres, le président démissionnaire demande pardon à ses concitoyens : « je vous demande pardon pour tout manquement, par une parole ou un geste, à votre égard ».

À l’instar de nombreux autres médias algériens, Le Matin d’Algérie fait peu de cas de ce repentir tardif et enfonce le clou : « voilà, un tragique tournant de l’Histoire. Une ironie de la vie. Ce scénario qui a duré 20 ans ressemble à cette pièce utopique de Marivaux où Arlequin devient roi et celui-ci devient vassal. Le sacro-saint Bouteflika croyait longtemps finir sa carrière en Narcisse politique, en Zeus invincible, et être une empreinte de gloire dans l’Histoire. Il a fini humilié, honni, et sera pour l’Algérie un tout petit souvenir de honte ! L’Olympe s’effrite et Zeus tombe par terre, Narcisse sombre dans le lac… Désormais, conclut Le Matin d’Algérie, on ne parle plus de Sa Majesté Bouteflika, mais de Sa Majesté le peuple algérien. »

« Les 3 B doivent partir ! »

Alors, « l’Algérie se réveille sans Bouteflika, mais avec beaucoup d’incertitudes », relève TSA. Notamment en ce qui concerne la transition politique…

« Bouteflika est parti “dans le cadre constitutionnel” comme l’a voulu l’armée, note le site, mais l’application stricte des alinéas de l’article 102 risque de poser problème. C’est simple : cette clause dispose que l’intérim du chef de l’État est assuré par le président du Conseil de la nation et que le gouvernement en place reste jusqu’à l’élection d’un nouveau président sous la supervision du Conseil constitutionnel. Or, pointe TSA, ces trois institutions sont présidées par des personnages auxquels le peuple ne fait que trop peu confiance. Non seulement ils ont été désignés par le président sortant (y compris pour le président du Sénat qui est censé être élu), mais ils sont aussi perçus comme des figures clés du système, quand bien même ils étaient de simples serviteurs dociles et loin d’être des décideurs. »

Pour TSA, « les trois “B” que sont Abdelkader Bensalah, Noureddine Bedoui et Tayeb Belaïz doivent donc aussi partir. La question est épineuse et pourrait même constituer le premier point de discorde entre l’armée et le peuple, jusque-là sur la même longueur d’onde. »

Une IIe République ?

Quelle solution ? Pour Algérie Focus, il faut réviser la constitution : il faut « user du référendum afin de réunir une constituante, affirme le site. Il s’agit aujourd’hui de maintenir la pression pour éviter des élections en 45 jours, car il est impossible, estime Algérie Focus, de construire une nouvelle Algérie en organisant des élections aussi vite. Qui peut lancer une campagne dans un délai aussi court ? Uniquement les forces en présence que le peuple ne veut plus. […] La précipitation est le meilleur moyen de faire perdurer le système actuel en changeant le visage des acteurs en présence. Dans le même temps, le pouvoir actuel doit comprendre que le peuple a besoin de changement concret à court terme. Cette équation est difficile à résoudre, mais elle correspond bien à la réalité. »

Article 7 contre article 102…

En fait, résume le quotidien Aujourd’hui à Ouagadougou, « c’est article 7 contre article 102 » : c’est-à-dire, la conduite de la transition par un cacique de l’ancien régime ou bien le peuple qui gère le pouvoir en désignant ses mandataires pour diriger cette même transition…

Et c’est cette deuxième option qui a la faveur des Algériens, pointe Aujourd’hui : « ceux qui sont dans les rues d’Alger, d’Oran, de Constantine, de Tizi-Ouzou, estiment que de toute façon le pouvoir, qui s’étiole actuellement, a tellement piétiné la constitution qu’il en faut une nouvelle et passer à une IIe République. Une déconstruction de ce système vieux de 20 ans s’impose, c’est ce que veulent les manifestants, qui promettent encore d’en remettre une couche demain, vendredi. Désormais, ce sont les articles 7 et subsidiairement 8, contre l’article 102, c’est-à-dire, la rue contre le système Boutef. Une “débouteflikisation” qui s’avèrera corsée, conclut Aujourd’hui : 20 ans de pouvoir ne s’effacent pas en quelques jours. »

Revue de presse Afrique – A la Une : c’est terminé pour Bouteflika !

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

La nouvelle est tombée hier soir à 19h 3 précises en Algérie : « le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a notifié officiellement au président du Conseil constitutionnel, sa décision de mettre fin à son mandat en qualité de président de la République. » Aussitôt, un immense soulagement ainsi qu’un immense espoir s’est emparé des Algériens.

Un soulagement et un espoir répercuté par les médias. Même le quotidien gouvernemental El Moudjahid, qui n’a eu cesse de défendre le régime, applaudit : « la notification hier, dans la soirée, du président Bouteflika de mettre fin à son mandat, constitue une victoire et une avancée majeure. C’est le début de la fin de tout un système. C’est au peuple de continuer de peser de tout son poids, de manière pacifique et sereine, d’être accompagné par l’Armée nationale populaire, afin que ses aspirations ne soient pas usurpées et que nous sortions le plus vite possible de la crise à laquelle nous sommes confrontés. »

Une étape vers la victoire finale

« Bouteflika est parti : un jour historique pour l’Algérie », s’exclame le site d’information TSA. « Pour la première fois depuis l’indépendance, les Algériens, mobilisés à travers tout le pays, ont réussi à pousser leur président vers la sortie. Certes, l’implication de l’armée ces derniers jours a contribué à accélérer les choses. Mais la victoire reste avant tout celle des Algériens. Sans leur mobilisation, l’armée aurait sans doute laissé faire un cinquième mandat. Ce mardi mérite d’être fêté comme un jour de victoire pour les Algériens. Mais cette victoire n’est qu’une étape, tempère TSA. Il reste le plus important : imposer une vraie transition démocratique. »

Le site d’information Algérie Focus enfonce le clou : « la mise à la poubelle définitive de la fratrie Bouteflika est un premier pas dans l’entreprise de construction d’une Algérie démocratique. Aujourd’hui, il est clair que le peuple algérien ne se laissera plus jamais dominer par des despotes. »

Alors attention, prévient pour sa part Le Matin d’Algérie : l’armée, en l’occurrence son chef, le général « Gaïd Salah ne peut s’ériger maintenant en solution ou en sauveur de la nation. Il fait partie du problème, et pour beaucoup, son départ n’est pas négociable, tout comme celui des autres hommes de l’appareil. (…) Ce qui est sûr, c’est que le départ de Bouteflika n’est que le début d’une lutte contre ce qu’a semé son régime mafieux en graines du mal, en poison et en bombes à retardement. Il faut désamorcer le pays, le cultiver, le faire fleurir pour que les générations futures puissent vivre enfin le rêve de l’indépendance. Première victoire, pointe encore Le Matin d’Algérie, mais très peu significative si elle n’aboutit pas à l’éclatement de tout le système et le jugement de ses apparatchiks et de leurs progéniture, repus des biens mal acquis de l’Algérie de papa. »

Et maintenant ?

La presse ouest-africaine se félicite également du départ de Bouteflika et s’interroge : et maintenant ?

« A coup sûr, la démission de Bouteflika consacre une victoire de la contestation. Cependant, pour la suite, rien n’est encore acquis, relève Ledjely en Guinée. (…) De nombreux Algériens n’entendent pas se satisfaire du seul départ de Bouteflika. »

« Les Algériens ne vont pas lâcher prise, estime Le Pays au Burkina, bien conscients qu’ au-delà de la personnalité du vieillard qui vient de jeter l’éponge, c’est le démantèlement d’un système corrompu et vieux de plusieurs décennies, qu’il faut à tout prix obtenir. C’est en cela que l’idée d’une transition arrangée et pilotée par le président du Sénat et le nouveau gouvernement, ne saurait être un compromis acceptable pour la rue. »

Vers un gouvernement d’union nationale ?

Enfin, retour à la presse algérienne, avec le Huffpost Algérie qui donne la parole à l’une des figures de la contestation, l’avocat, ex-député et militant pour les droits de l’homme, Mustapha Bouchachi : « tout reste à faire », affirme Mustapha Bouchachi, car les « Algériens demandent le départ du système. Si l’on veut réellement écouter le peuple, il faut appliquer l’article 7 [établissant que « le peuple est la source de tout pouvoir »], précise-t-il, en appelant à « entamer une transition » sous l’égide « d’un gouvernement d’union nationale. »

Revue de presse Afrique – A la Une : «Bouteflika abdique»

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

« Bouteflika abdique » : c’est le grand titre d’El Watan. Le départ du président algérien était réclamé par la rue depuis 38 jours. Il devrait démissionner avant la fin officielle de son mandat, le 28 avril.

« Les choses semblent s’accélérer, constate le quotidien gouvernemental El Moudjahid, dans la perspective de résoudre la crise à laquelle notre pays a été confronté depuis la décision du report de l’élection présidentielle qui a servi de déclencheur à un mouvement populaire citoyen d’une grande ampleur, dont les aspirations fondées et légitimes doivent être prises en charge. »

Pour autant, relève le site d’information TSA, « l’annonce de la démission de Bouteflika ne résout pas la crise. » Il faut voir ce que va décider le président dans les prochains jours. En effet, pointe TSA, « le chef de l’État, avant de démissionner, ‘devrait prendre d’importantes mesures pour assurer la continuité du fonctionnement des institutions de l’État durant la période de transition’. »

Quelles mesures ?

Quelles seront ces mesures ? Pour l’instant, on en est réduit aux supputations… En tout cas, poursuit TSA, « Bouteflika a encore quatre semaines pour tenter de sauver le plan de sortie de crise du pouvoir, d’autant plus que ses prérogatives constitutionnelles lui laissent une certaine marge de manœuvre dans ce sens. »

Ainsi, il pourrait encore nommer un nouveau Premier ministre, revoir la composition de l’équipe actuelle, remplacer Abdelkader Ben Salah à la tête du Sénat, pour que celui-ci ne gère pas la transition. Autant de mesures réclamées par le peuple. « Pour convaincre de sa bonne foi, Bouteflika pourrait aussi effectuer des changements au niveau de certaines institutions importantes, comme les médias publics ou encore la Banque d’Algérie… » En tout cas, conclut TSA, « les événements qui s’accélèrent laissent penser que la crise est loin de connaître son épilogue. »

Retour à la case départ ?

Dans la presse ouest-africaine, on est partagé entre méfiance et satisfaction…

« Ainsi donc, constate Aujourd’hui au Burkina, Bouteflika, président partant, mais pas encore parti se donne quatre semaines pour tout baliser avant de faire valoir ses droits à la retraite. » Mais que doit-il baliser ? « Est-ce le temps de ‘caser’ certains de ses protégés ? Est-ce pour permettre d’obtenir des garanties judiciaires pour certains de ses proches, avant de quitter le pouvoir ? Quel rôle sera dévolu au général Salah, qui, bien qu’il ait poussé pour l’application de l’article 102 de la Constitution, semble demeurer un pion de Boutef ? »

« Que va-t-il se passer maintenant, s’interroge en écho Wakat Séra, l’armée, qui dit avoir épousé la cause du peuple, ayant tracé désormais une ‘ligne rouge’ aux manifestants en les contraignant à demeurer dans les balises constitutionnelles ? Or, pointe le site burkinabè, la rue, assoiffée d’alternance, ne veut pas entendre parler de continuité. En effet, le départ de Bouteflika devrait entraîner la prise en main du pays par le président du Conseil de la nation, le sénat algérien, et l’organisation au bout de 90 jours, d’un scrutin, probablement par les mêmes caciques du système Bouteflika qui, en plus de maîtriser les rouages électoraux, auront eu le répit nécessaire pour se remettre en ordre de bataille. Et retour à la case départ, s’exclame Wakat Séra. La nouvelle option risque donc d’être rejetée par la rue, le déficit de confiance entre les dirigeants et le peuple étant devenu abyssal. »

Un arrangement rejeté par la rue…

Le Monde Afrique renchérit : « le scénario qui se dessine est donc celui d’un intérim de courte durée géré par le pouvoir en place pour aller vers l’élection présidentielle.

Or, constate le journal, cette option est très largement refusée par les acteurs de la contestation populaire. Ces derniers réclament la mise en place d’un gouvernement de transition composé de personnalités indépendantes et une période de transition plus longue avant d’aller à une élection constituante ou un scrutin présidentiel. »

« Au fond, relève encore Le Monde Afrique, le bras de fer entre l’armée et la présidence se solde par un arrangement qui convient aux deux parties, mais pas à la contestation. Il s’agit précisément du scénario craint et rejeté par les protestataires, celui d’une transition administrée par le régime lui-même. »

Et Le Monde Afrique de constater que « les appels à manifester une nouvelle fois +avec force+ vendredi 5 avril se multiplient déjà sur les réseaux sociaux. »

Revue de presse Afrique – A la Une : un nouveau gouvernement en Algérie

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Les commentaires des quotidiens et hebdomadaires africains sur l'actualité du continent. Présentée du lundi au jeudi par Frédéric Couteau, le vendredi et le samedi par Norbert Navarro. Un regard original, souvent ironique et parfois sans complaisance sur les événements petits et grands qui font l'actualité de l’Afrique.

Surprise, constate le site d’information TSA : « au lendemain de la sortie ‘musclée’ du commandement de l’armée, les Algériens attendaient logiquement du nouveau dans cette crise qu’ils vivent depuis six semaines. Il a fallu attendre la fin de journée et le 20h de l’ENTV hier soir pour connaître la première retombée de l’entrée en scène frontale de la Grande Muette. Un nouveau gouvernement est nommé. »

Et, l’entame est une mauvaise nouvelle, estime TSA, « le très décrié Noureddine Bedoui est maintenu au poste de Premier ministre. Puis une grosse, très grosse surprise : le numéro 2 du gouvernement ne s’appelle plus Ramtane Lamamra, mais Ahmed Gaïd-Salah. Celui-là même qui, la veille, sommait le président de démissionner, portait de graves accusations à des parties qu’il n’a pas nommées mais que certains ont identifiées comme faisant partie du cercle présidentiel, celui-là même qui menaçait de tout révéler au moment opportun et de prendre des dispositions légales, le tout sur un ton ferme et crû qui a fait croire que la rupture entre l’état-major et la présidence était irréversible. »

Compromis entre l’armée et la présidence

Alors pourquoi Ahmed Gaïd-Salah a-t-il été nommé hier n°2 du gouvernement par Bouteflika alors que la veille le même Ahmed Gaïd-Salah appelait une nouvelle fois Bouteflika à démissionner ?

« Ce maintien est le résultat d’un compromis entre le commandement de l’armée et la présidence, croit savoir TSA. (…) Le président Bouteflika devrait démissionner incessamment et remettre le pouvoir au président du Sénat Abdelkader Bensalah, tandis que le gouvernement qui vient d’être nommé gérera les affaires courantes jusqu’à la fin de la période de transition (…). »

Toutefois, pointe encore TSA, « le plus dur sera de convaincre la rue qui, jusque-là, s’est montrée intransigeante sur une transition non contrôlée par le pouvoir. La première réponse est venue des réseaux sociaux où l’annonce du nouveau gouvernement semble avoir déçu. Des ministres sont déjà moqués. Mais la vraie réponse viendra comme à chaque fois de la rue : ce sera vendredi prochain. »

Infox en série…

En attendant, constate El Watan, « les événements qui s’accélèrent frénétiquement ces derniers jours, notamment depuis les dernières sorties médiatiques d’Ahmed Gaïd Salah, charrient leur lot d’informations contradictoires, de récits fantasmatiques et de sensationnel au goût douteux. Nous sommes devant le scénario-type des dictatures agonisantes et des ambiances de fin de règne, avec la fébrilité qui les caractérise. C’est le genre de microclimats où prospèrent les rumeurs, l’intox, et prolifèrent les fake news. Nous en avons eu un vif aperçu samedi soir, pointe El Watan, avec cette info balancée par la chaîne Echorouk TV, annonçant un déploiement massif de la gendarmerie nationale dans la capitale. Cela a obligé des dizaines d’Algérois à sortir vérifier par eux-mêmes, faisant parfois de longues rondes en voiture, jusqu’aux abords du palais d’El Mouradia et les autres quartiers susceptibles d’être bouclés par les forces de l’ordre. Beaucoup ont posté des images de rues désertes assorties de commentaires acerbes. »

Info ou intox également ? Le site d’information Maghreb Intelligence annonce qu’un « putsch militaire en Algérie se précise et que le général Gaïd Salah s’apprêterait à prendre le pouvoir. Il serait même sur le point de faire sortir les chars dans la rue. Au sein des chancelleries occidentales, notamment chez les Américains et les Français, c’est la panique générale, affirme encore Maghreb Intelligence, non seulement pour la poignée d’étrangers qui vivent en Algérie, mais surtout pour ce saut dans l’inconnu. »

Là aussi, prudence. Rien ne permet pour l’instant de confirmer ces informations.

Que va dire la rue ?

Enfin, pour Wakat Sera au Burkina, « une chose est certaine, l’armée a clairement défini sa position. » Elle souhaite le départ de Bouteflika dans le cadre d’une transition constitutionnelle. Alors, s’interroge le site burkinabè, « les manifestants vont-ils ranger pancartes et slogans suite à cette mise en garde sans équivoque ou bien cette décision leur donnera-t-elle un nouveau souffle dans leur combat pour une alternative politique en profondeur ? Les jours à venir, notamment vendredi prochain, jour de manifestation par excellence, nous situeront. »