La sentinelle de Wajdi Mouawad

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Poésie

durée : 00:30:28 – Poésie – " L’Histoire de l’humanité réclame sa part de chair et de sang pour poursuivre sa marche. Les sacrifices des hommes comme condition préalable à tout mouvement de l’Histoire. Cela nécessite une amélioration continue des techniques de destruction, une organisation, un état et du pouvoir. Cela exige en particulier des discours car cette avancée sanguinaire de l’Histoire est surtout gourmande de mots. Il faut bien articuler dans le sens, par les phrases et la pensée, la nécessité carnassière des corps démembrés, transpercés, mitraillés, déchiquetés, arrachés, brûlés. L’acte guerrier s’étant toujours voulu un acte lié à l’effort de civilisation, le discours a toujours organisé en arc de triomphe et en panthéon la mort des Hommes. Nulle réponse à cela. Nulle possibilité de rhétorique. Restent les voix fragiles pour dire autrement, chanter, à défaut de dire. Pour faire entendre le contrepoint. Une voix vivante cherchant à consoler les morts. La voix de soie de Jane Birkin, au jour où nous sommes, est de celles-là. Quand il ne reste plus de possibilités de ramener à la vie les êtres injustement disparus, subsiste encore une possible dignité, celle de la cantate, du chant, de l’oratorio, du phrasé simple, fait de mots pour dire les maux, les maux des mots, les mots des maux, enlacés, entrelacés, tissés, pliés et repliés, dépliés, impliqués, dans un geste nécessairement compliqué pour n’être compris et entendu que par ceux qui partagent la même sensibilité aux craquements inaudibles des hommes et des femmes mourant pour rien dans l’insupportable solitude des charniers. "