L’EPOPEE DES MUSIQUES NOIRES – 05/05/2019

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L’écueil pour une telle institution est de se fourvoyer et de laisser la flamme vaciller, mais le défi de la longévité semble avoir été brillamment relevé depuis 85 ans. Certes, il y eut des périodes plus périlleuses que d’autres. L’avènement du rock’n’roll dans les années 50 aurait pu fragiliser les interprètes d’une forme d’expression plus traditionnelle. L’irruption du rap, il y a 40 ans, a sérieusement redessiné les contours de la narration et des prêches d’autrefois. Le Golden Gate Quartet a su accompagner ces mutations stylistiques jusqu’à s’en servir pour rappeler l’origine de toutes ces musiques. Sans les negro-spirituals afro-américains, le gospel, la Soul, le Rhythm & blues, le rock et le rap n’auraient peut-être jamais vu le jour…

Il paraissait donc naturel que les membres du Golden Gate Quartet s’amusent aujourd’hui à revitaliser, à leur manière, l’un des classiques du rockabilly d’antan, le fameux « Blue Suede Shoes » de Carl Perkins. Il est tout aussi logique de les entendre magnifier une œuvre centenaire comme « Didn’t it rain » échappée du patrimoine sacré noir américain. Le Golden Gate Quartet a dû évoluer et adapter son répertoire à l’ère du temps. Pour autant, la sève musicale de ce quatuor légendaire est toujours aussi savoureuse. L’harmonie des voix reste intacte et l’essence gospel ne souffre aucune contestation. Désormais, les gardiens de cet héritage massif s’appellent Frank Davis, Terry François, Michael Robinson et Paul Brembly. Ils ont la lourde responsabilité de perpétuer le message de leurs aînés au XXIème siècle. Une vraie gageure quand tant d’orchestres disparaissent, faute de clairvoyance.

Il faut croire que les convictions des différents membres du Golden Gate Quartet sont inaltérables, et ont entretenu cet élan artistique indéniable. Lors de la parution de l’album 80 Years en 2014, beaucoup de fans et de critiques spécialisés s’étaient interrogés sur le devenir de cet illustre groupe vocal. Maintenir en vie une formation historique demande beaucoup de rigueur et d’exigence. Paul Brembly n’était qu’un jeune homme de 21 ans lorsqu’il intégra, en 1971, le quartet de son oncle Orlandus Wilson. Comme ses prédécesseurs, il doit sentir les soubresauts d’un monde en ébullition pour délivrer un message d’apaisement, savoir écouter avec bienveillance et perpétuer l’épopée d’un quartet intemporel.

Le site 10h10 – Music is ???, le dernier album du Golden Gate Quartet