Van Gogh, autoportrait de Jean O’Cotrell

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Redonner toute leur place aux grandes oeuvres du patrimoine théâtral

durée : 01:07:14 – Théâtre et compagnie – " Que la vie un jour devienne aussi belle que dans une simple toile de Van Gogh et pour moi ce sera assez ", écrivait Antonin Artaud en 1949. Il importe donc que le pauvre Vincent, armé et de fièvre et de bonne santé nous revienne (sous le regard implacable et amicalement complice de François Chattot), pour jeter en l’air la poussière d’un monde en cage que son cour ne pouvait plus supporter. Sa soif d’absolu et une logique implacable, qui l’amena au suicide, valent trop souvent à Van Gogh d’être décrit comme un fou génial, guidé d’ailleurs et dépassé par ses chefs-d’ouvre. Or à lire l’importante correspondance qu’il adressa quotidiennement à ses amis, à sa famille et surtout à son frère Théo, on découvre un homme cultivé. Il parlait parfaitement quatre langues, jouait très agréablement du piano et sa culture littéraire et picturale était immense. Si la médiocrité de ses contemporains, son hypersensibilité, aggravée par la syphilis (jusqu’à l’épilepsie), et son penchant intermittent pour l’absinthe le rendaient parfois difficile à supporter comme voisin, ami ou frère, tous ses correspondants ont préservé ses lettres comme autant de reliques. Vincent y témoigne d’une droiture d’esprit indéniable et d’une exigence de tous les instants. Il livre, dans un langage simple, concret, artisanal, ses objectifs, sa recherche laborieuse, scientifique et sa démarche obstinée, étayée par la parfaite connaissance de ses maîtres : Rembrandt, Delacroix, l’art japonais… Et cet homme, épris de justice sociale, cherche inlassablement une expression universelle qui puisse atteindre tous les individus, du petit Français au seigneur de la brousse, du confrère au simple "coco". " J’ai une fièvre de travail continuelle et j’en jouis comme une cigale. On remplit sa toile à la diable. Alors pourtant on attrape le vrai et l’essentiel et le spectateur en est parfois stupéfait et même enthousiaste." écrit Van Gogh, tandis qu’Artaud proclame que le Théâtre est la genèse de la création, " un théâtre qui à chaque représentation aura fait gagner corporellement quelque chose aussi bien à celui qui joue qu’à celui qui vient voir jouer. " C’est sous l’égide de ces deux "voyants" que l’acteur se coltine avec le Suicidé de la société. Une légende putassière le décrit comme un pauvre peintre, alcoolique, fou et maudit, qui maintenant vaut si cher. En évitant les clichés obscènes et ces idées complaisamment reçues, en s’immergeant dans son ouvre, (sa peinture, ses dessins et toute sa correspondance), il apparaît clairement, comme disait Artaud, qu’on peut parler de sa bonne santé mentale Cet immense peintre disait : il n’est rien de plus réellement artistique que d’aimer les gens. Oui, il s’agit, avant tout, de travail et d’amour. C’est en travaillant que l’on se rencontre, ça c’est la meilleure manière. Et il n’est pas proposé à l’auditeur de Van Gogh, Autoportrait d’être voyeur ou consommateur de performance, mais réellement partenaire, d’être un nouveau Théo : le frère, le soutien indispensable, le financier, l’interlocuteur privilégié, le complice. Jean O’Cottrell